Builder.ai, la startup londonienne autrefois valorisée à 1,5 milliard de dollars, a déposé le bilan après des révélations accablantes sur des faux discours autour de l’IA, des revenus largement exagérés, et une dette colossale.
Fondée en 2016 par Sachin Dev Duggal, Builder.ai se présentait comme une plateforme no-code révolutionnaire, permettant à chacun de créer une application “aussi facilement que commander une pizza”, grâce à un assistant IA nommé Natasha.
En réalité, ces applications étaient construites par environ 700 ingénieurs en Inde, et non par une intelligence artificielle. D’anciens employés et des enquêteurs externes ont confirmé que la quasi-totalité du code attribué à Natasha était écrite manuellement.
Les premiers doutes remontent à 2019, lorsque le Wall Street Journal révélait déjà que la société (alors appelée Engineer.ai) dépendait fortement de développeurs humains. Malgré cela, Builder.ai a levé plus de 450 millions de dollars auprès d’investisseurs prestigieux tels que Microsoft, Qatar Investment Authority, IFC et SoftBank DeepCore.
Tout s’est effondré lorsque des accusations internes et publiques ont fait surface. Robert Holdheim, ancien cadre, a poursuivi l’entreprise pour 5 millions de dollars après avoir été licencié pour avoir dénoncé ces pratiques. Des documents juridiques ont révélé que Builder.ai avait trompé ses investisseurs en affirmant que sa plateforme était “construite à 80 % par l’IA”, alors que la technologie était rudimentaire.
Début 2025, Builder.ai tente un changement de direction avec Manpreet Ratia comme nouveau PDG. En examinant les comptes, Ratia découvre que les revenus réels de 2024 étaient de 50 millions de dollars, bien loin des 220 millions annoncés. Un audit indépendant a confirmé l’écart, entraînant le retrait de 37 millions de dollars par le prêteur Viola Credit. Il ne restait plus que 5 millions de fonds restreints, forçant l’entreprise à arrêter ses activités et à licencier près de 1 000 employés à travers le monde.
Des techniques de gonflement artificiel des revenus ont été mises en lumière : acompte symbolique, remises dissimulées, transactions circulaires via des tiers, et même une opération de “round-tripping” avec VerSe, une entreprise indienne, pour simuler des revenus fictifs.
Builder.ai devait également 85 millions de dollars à Amazon Web Services et 30 millions à Microsoft. AWS a déposé une requête de faillite en Inde, suivie par une procédure de chapitre 7 aux États-Unis. Le dépôt de bilan est également attendu au Royaume-Uni et ailleurs.
La liste des créanciers comprend non seulement des fournisseurs cloud, mais aussi Quinn Emanuel (cabinet juridique redouté), Sitrick and Company (agence de communication de crise), et Shibumi Strategy (société d’intelligence privée dirigée par d’anciens agents du Mossad).
Ces cabinets ont tenté de discréditer les enquêtes du Financial Times et d’autres médias sur les pratiques de l’entreprise, en niant notamment que le code était écrit manuellement.
Dans un communiqué, Builder.ai a reconnu avoir épuisé toutes ses options et admis ne pas avoir su se relever de “décisions passées et de difficultés historiques”.
Cette chute spectaculaire devient un cas d’école de “AI washing”, phénomène de marketing mensonger autour de l’intelligence artificielle. Les régulateurs du monde entier s’y intéressent de près, et Builder.ai est désormais le premier grand scandale de l’ère IA.
👉 L’effondrement de Builder.ai met en lumière les failles du capital-risque technologique, où le battage médiatique l’emporte parfois sur la
réalité des innovations.